Le SMIG en Afrique central francophone : un aperçu juridique et pratique
Introduction :
Cadre juridique du SMIG par pays
Voici un aperçu du cadre juridique encadrant le SMIG dans chaque pays francophone d’Afrique centrale, avec les montants actuels et des références lorsque disponibles :
- Cameroun
- Montant : 60 000 FCFA/mois
- Disposition légale : Décret n°2024/0168/PM du 23 février 2024, fixant le SMIG des agents de l’État relevant du Code du travail, entré en vigueur le 1er juillet 2023. Cette revalorisation (+65 %, de 36 270 FCFA) découle du Code du travail camerounais (Loi n°92/007 de 1992), article 62, qui exige une rémunération minimale fixée par décret après consultation des partenaires sociaux.
- Référence : Services du Premier Ministre – Décret 2024
- Contexte : Malgré son statut économique, le SMIG reste bas face à l’inflation (6,3 % en 2023).
- République centrafricaine (RCA)
- Montant : 36 000 FCFA/mois
- Disposition légale : Loi n°09.004 portant Code du travail (2009), article 121, fixant le SMIG par décret. Dernière mise à jour en 2011, avec une tentative d’ajustement à 29 000 FCFA en 2022 non pleinement appliquée (Arrêté n°002/MFPTSS).
- Référence : Comprendre.media – 2022
- Contexte : Instabilité politique et informel (80 %) limitent l’effectivité.
- Tchad
- Montant : 60 000 FCFA/mois
- Disposition légale : Ordonnance n°006/PR/91 portant Code du travail (1991), article 167, SMIG fixé par décret. Dernier ajustement via Décret n°1116/PR/PM/MFPT/2011 du 1er novembre 2011. Une hausse à 85 000 FCFA promise en 2020 n’a pas été actée.
- Référence : Financial Afrik – 2021
- Contexte : Stagnation malgré une inflation de 8 % (2023).
- Congo (Brazzaville)
- Montant : 90 000 FCFA/mois (70 400 FCFA à partir du 1er janvier 2025)
- Disposition légale : Code du travail (Loi n°45-75 de 1975), article 79, SMIG fixé par décret. Dernier montant via Décret n°2008-121 du 21 décembre 2008 (50 400 FCFA), abrogé par un nouveau décret du 8 novembre 2024 (70 400 FCFA dès 2025).
- Référence : Africa24 TV – 2024
- Contexte : Revalorisation modeste, sans mesures pour les PME.
- Gabon
- Montant : 150 000 FCFA/mois
- Disposition légale : Code du travail (Loi n°3/94 de 1994), article 171, SMIG fixé par décret. Décret n°000478/PR/MTEPS du 15 juillet 2015, effectif en 2016, porte le SMIG à 150 000 FCFA (initialement 80 000 FCFA + primes).
- Référence : Talent2Africa – 2020
- Contexte : Plus haut SMIG, mais stagnant depuis 9 ans.
- Guinée équatoriale
- Montant : 129 035 FCFA/mois
- Disposition légale : Code du travail (Loi n°2/1990), article 63, SMIG fixé par décret présidentiel. Dernière hausse en 2016 (Décret n°01/2016), de 90 000 à 129 035 FCFA.
- Référence : Mays-Mouissi – 2015
- Contexte : Peu de données récentes, informel dominant.
- République Démocratique du Congo (RDC)
- Montant : ~12 325 FCFA/mois (14 500 CDF/jour, 26 jours)
- Disposition légale : Ordonnance n°18/174 portant Code du travail (2018), article 112, SMIG fixé par arrêté ministériel. Arrêté du 2 janvier 2025 (Ministre Ephraim Akwakwa) double le SMIG de 7 075 à 14 500 CDF/jour, effectif février 2025.
- Référence : Actualite.cd – 2025
- Contexte : Très bas malgré la hausse (+105 %), inflation à 20 % (2024).
Tableau récapitulatif des SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) des pays francophones d'Afrique central
Pays | SMIG (FCFA/mois) | Dernière mise à jour | Notes |
---|---|---|---|
Cameroun | 60 000 | 1er juillet 2023 | Hausse de 65 %, mais insuffisant face à l’inflation (6,3 % en 2023). Syndicats visent 150 000 FCFA. |
RCA | 36 000 | 2011 | Stagnant, tentative à 29 000 FCFA (2022) peu appliquée. Informel à 80 %. |
Tachad | 60 000 | 1er novembre 2011 | as de hausse depuis 2011. Inflation de 8 % (2023), promesse de 85 000 FCFA non tenue. |
République du Congo | 90 000 FCFA/mois (70 400 FCFA dès 2025) | 2016 (2025) | Passage à 70 400 FCFA en janvier 2025, léger progrès face à 4,5 % d’inflation (2023) |
Gabon | 150 000 | 1er janvier 2016 | Plus haut SMIG, stagnant depuis 9 ans malgré 5 % d’inflation (2023) |
Guinée Equatoriale | 129 035 | 1er janvier 2016 | Soutenu par le pétrole, mais peu de mises à jour. Informel à 70 % |
RDC | 12 325 FCFA/mois (14 500 CDF/jour) | 1er février 2025 | Doublement en 2025, mais reste faible. Inflation à 20 % (2024), informel dominant. |
Analyse : Pourquoi ces écarts ?
- Ressources : Gabon et Guinée équatoriale profitent du pétrole, unlike la RDC, riche en minerais mais mal redistribuée.
- Coût de la vie : Plus élevé à Libreville (70 000 FCFA/panier) qu’à Kinshasa ou Bangui.
- Politique : Les hausses (Cameroun, RDC) répondent à des pressions, tandis que Tchad et RCA stagnent en crise.
Perspectives pour 2025
En 2025, l’évolution du SMIG en Afrique centrale francophone dépendra de facteurs économiques, sociaux et politiques complexes. Voici une analyse approfondie par pays :
- Cameroun : Avec une inflation persistante (6-7 % prévue en 2025 selon le FMI) et un coût de la vie en hausse (ex. riz à 30 000 FCFA), les syndicats maintiennent leur objectif de 150 000 FCFA. Cependant, le gouvernement, soucieux de la compétitivité des entreprises (notamment agricoles et industrielles), pourrait opter pour une hausse intermédiaire à 80 000-100 000 FCFA d’ici fin 2025, après consultations tripartites (gouvernement, employeurs, syndicats). Une subvention sur les produits de base pourrait accompagner cette mesure pour limiter l’impact inflationniste.
- RDC : La hausse à 14 500 CDF/jour (12 325 FCFA/mois) en février 2025 est un progrès, mais l’inflation (20 % en 2024, prévue à 15-18 % en 2025) et la dépréciation du CDF (1 FCFA ≈ 1 175 CDF) en réduisent la portée. La clause d’augmentation annuelle de 3 % pour ancienneté (Arrêté 2025) est ambitieuse, mais son application dans un secteur formel limité (10-15 % des emplois) reste douteuse. Une revalorisation supplémentaire pourrait intervenir si les revenus miniers (cobalt, cuivre) sont mieux mobilisés, mais l’instabilité dans l’Est (M23) freine les réformes.
- Gabon : Le SMIG de 150 000 FCFA, inchangé depuis 2016, subit la pression d’une inflation de 5 % et d’un coût de vie élevé (loyers à 100 000 FCFA à Libreville). La transition post-coup d’État de 2023 pourrait pousser le gouvernement à annoncer une hausse à 180 000-200 000 FCFA d’ici fin 2025 pour apaiser les tensions sociales, soutenue par une reprise pétrolière (prix du baril à 80-85 USD attendu).
- Congo (Brazzaville) : La baisse annoncée à 70 400 FCFA dès janvier 2025 (contre 90 000 FCFA actuels) surprend, mais elle corrige une anomalie antérieure (montant réel de 50 400 FCFA mal ajusté). Une vraie hausse à 100 000 FCFA pourrait suivre en 2026 si les cours pétroliers se maintiennent, bien que la dette publique (110 % du PIB) limite les marges de manœuvre.
- Tchad et RCA : Sans stabilisation politique (conflits armés, faible gouvernance), une revalorisation reste improbable. Au Tchad, les 60 000 FCFA pourraient passer à 85 000 FCFA si la promesse de 2020 est enfin honorée, mais rien de concret n’est attendu en 2025. En RCA, le SMIG restera symbolique tant que l’informel domine.
- Guinée équatoriale : Peu de transparence sur les intentions du gouvernement. Une hausse à 150 000 FCFA est possible si les revenus pétroliers restent stables, mais l’opacité des données freine les prévisions.
Globalement, l’enjeu pour 2025 sera de concilier les attentes des travailleurs (pouvoir d’achat) avec les contraintes des employeurs (coûts salariaux), dans un contexte d’inflation régionale et de dépendance aux matières premières.
Votre avis ?
Le SMIG en Afrique centrale répond-il aux réalités de 2025 ? Partagez vos réflexions ou contactez AfricaPaieRH pour une expertise RH personnalisée ! Consultez aussi notre analyse du SMIG en Afrique de l’Ouest.
Sources
- Cameroun : Décret n°2024/0168/PM – Services du Premier Ministre
- RCA : Comprendre.media – Revalorisation 2022
- Tchad : Financial Afrik – Salaire minimum 2021
- Congo (Brazzaville) : Africa24 TV – Hausse 2025
- Gabon : Talent2Africa – SMIG en Afrique 2020
- Guinée équatoriale : Mays-Mouissi – Salaire minimum 2015
- RDC : Actualite.cd – Révision 2025
- Contexte régional : Jeune Afrique – Comparaison SMIG 2023