Le SMIG en Afrique de l’Ouest francophone : un aperçu juridique et pratique
Introduction : Qu’est-ce que le SMIG ?
Le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) représente la rémunération minimale légale qu’un employeur doit verser à un salarié dans le secteur formel. En Afrique de l’Ouest francophone, le SMIG est un outil juridique clé pour protéger les travailleurs tout en reflétant les réalités économiques locales. Cependant, son application varie d’un pays à l’autre, tout comme son montant et son impact réel face au coût de la vie.
Le cadre juridique du SMIG
Sur la zone d’afrique de l’ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Togo), le SMIG est encadré par les législations nationales, souvent inspirées du modèle colonial français, mais adapté aux contextes locaux. Chaque pays fixe son SMIG par décret ou arrêté, après consultations entre gouvernements, syndicats et patronats.
Bénin
- Code du travail : Loi n° 98-004 du 27 janvier 1998.
- Disposition sur le SMIG : Article 210, fixé par décret après consultation des partenaires sociaux. Revalorisé à 52 000 FCFA au 1er janvier 2023 (décret du 7 décembre 2022).
- Montant actuel (2025) : 52 000 FCFA.
2. Burkina Faso
- Code du travail : Loi n° 028-2008/AN du 13 mai 2008.
- Disposition sur le SMIG : Article 187, fixé par décret après avis de la Commission consultative du travail. Porté à 45 000 FCFA en juin 2023 (décret du 20 novembre 2023).
- Montant actuel (2025) : 45 000 FCFA.
3. Côte d’Ivoire
- Code du travail : Loi n° 2015-532 du 20 juillet 2015.
- Disposition sur le SMIG : Article 31.1, fixé par décret après consultation. Passé à 75 000 FCFA au 1er janvier 2023 (décret n° 2013-791 amendé).
- Montant actuel (2025) : 75 000 FCFA.
4. Guinée-Conakry
- Code du travail : Loi n° L/2014/072/CNT du 10 janvier 2014 portant Code du travail.
- Disposition sur le SMIG : Article 241 (ex-article 209 dans l’ancien code de 1988) stipule que le salaire minimum est fixé par décret après concertation avec les organisations syndicales et patronales. En 2022, le SMIG a été revalorisé à 440 000 GNF (environ 51 USD ou 30 000 FCFA au taux de change de l’époque). En octobre 2023, une nouvelle augmentation à 550 000 GNF (environ 64 USD ou 38 000 FCFA) a été annoncée suite à des négociations sous le régime de la junte dirigée par Mamady Doumbouya.
- Montant actuel (2025) : 550 000 GNF (équivalent à environ 38 000-40 000 FCFA selon le taux de change fluctuant).
5. Mali
- Code du travail : Loi n° 92-020 du 23 septembre 1992.
- Disposition sur le SMIG : Article L.102, fixé par décret après avis des organisations professionnelles. Évalué à 40 000 FCFA (hausse post-2015 sans date exacte confirmée).
- Montant actuel (2025) : 40 000 FCFA.
6. Niger
- Code du travail : Loi n° 2012-45 du 25 septembre 2012.
- Disposition sur le SMIG : Article 165, fixé par décret après consultation. Passé de 30 047 FCFA (2014) à 42 000 FCFA (date exacte incertaine).
- Montant actuel (2025) : 42 000 FCFA.
7. Sénégal
- Code du travail : Loi n° 97-17 du 1er décembre 1997.
- Disposition sur le SMIG : Article L.137, fixé par décret après avis du Conseil national du travail. Revalorisé à 64 223 FCFA en 2023.
- Montant actuel (2025) : 64 223 FCFA.8. Togo
- Code du travail : Loi n° 2006-010 du 13 décembre 2006.
- Disposition sur le SMIG : Article 121, fixé par décret après négociation. Porté à 52 500 FCFA au 1er janvier 2023 (Convention Collective amendée).
- Montant actuel (2025) : 52 500 FCFA.
Tableau récapitulatif des SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) des pays francophones d'Afrique de l'Ouest
Pays | SMIG (FCFA/mois) | Dernière mise à jour | Notes |
---|---|---|---|
Benin | 52 000 | 1er janvier 2023 | Augmentation de 30 % (de 40 000 à 52 000 FCFA) annoncée en décembre 2022. |
Burkina Faso | 45 000 | 20 novembre 2023 | Hausse de 46,65 % (de 30 684 à 45 000 FCFA) via décret du Capitaine Traoré. |
Côte d'Ivoire | 75 000 | 1er janvier 2023 | Augmentation de 25 % (de 60 000 à 75 000 FCFA) entérinée en décembre 2022. |
Guinée | 550 000 GNF/mois | 1er juin 2022 | Augmentation de 440 000 à 550 000 GNF sous Mamadi Doumbouya. |
Mali | 40 000 | 2016 | Pas de mise à jour récente confirmée depuis 2016. |
Niger | 30 047 | 2012 | Parmi les plus bas de la région, aucune revalorisation récente connue. |
Sénégal | 64 223 | 2023 | Revalorisé en 2023 |
Togo | 52 500 | 1er janvier 2023 | Hausse de 50 % (de 35 000 à 52 500 FCFA), mais application inégale. |
Les Enjeux
L’application du SMIG demeure un défi majeur dans les pays d’Afrique de l’Ouest. L’économie informelle, qui représente souvent plus de 70 % de l’activité économique dans ces États, limite considérablement son impact. En effet, le SMIG ne concerne qu’une minorité de travailleurs évoluant dans le secteur formel – employés de l’administration publique, d’entreprises privées structurées ou d’industries. Les artisans, commerçants ambulants ou agriculteurs, qui forment le gros de la population active, échappent à ce filet de sécurité salariale. Cette réalité fragilise l’objectif même du SMIG : garantir un revenu minimum décent pour tous. À cela s’ajoute l’inflation, qui érode le pouvoir d’achat des salaires, même dans le secteur formel. Avec la hausse des prix des denrées alimentaires, des carburants et des loyers, le SMIG, lorsqu’il existe, perd rapidement sa capacité à couvrir les besoins essentiels.
Pourquoi ces Disparités ?
Les écarts de SMIG observés entre les pays d’Afrique de l’Ouest s’expliquent par une combinaison de facteurs économiques, sociaux et politiques. Le coût de la vie joue un rôle central : à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où le SMIG est fixé à 75 000 FCFA (environ 114 euros), les dépenses quotidiennes sont bien plus élevées qu’à Niamey, au Niger, ou à Bamako, au Mali, où le SMIG est inférieur (autour de 40 000 à 50 000 FCFA selon les contextes). La productivité économique est également déterminante : la Côte d’Ivoire, première puissance de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) grâce à ses exportations de cacao et son secteur industriel, peut se permettre un SMIG plus ambitieux que des pays aux économies plus fragiles, comme le Niger, dépendant des ressources limitées et vulnérable aux chocs climatiques. Enfin, la volonté politique entre en jeu : certains gouvernements hésitent à augmenter le SMIG par crainte de décourager les investisseurs ou de peser sur les petites entreprises.
Pourtant, même dans les pays les mieux lotis, le SMIG reste souvent jugé insuffisant. En Côte d’Ivoire, par exemple, les 75 000 FCFA mensuels peinent à suivre l’inflation galopante, qui a atteint des pics notables ces dernières années sous l’effet des crises mondiales (comme la guerre en Ukraine ayant impacté les prix des céréales et des hydrocarbures). Les travailleurs dénoncent un décalage criant entre ce salaire minimum et le coût réel d’un panier de biens de première nécessité, estimé bien au-delà par les syndicats.
Perspectives pour le SMIG en 2025
En ce début 2025, les pressions pour une revalorisation du SMIG s’intensifient. La flambée des prix mondiaux, exacerbée par des tensions géopolitiques et des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, continue de faire grimper l’inflation dans la région. À cela s’ajoutent les revendications syndicales, de plus en plus audibles. En Côte d’Ivoire, les travailleurs réclament un doublement du SMIG, le faisant passer à 150 000 FCFA, arguant que ce montant refléterait mieux les réalités économiques actuelles : un sac de riz de 50 kg coûte désormais autour de 25 000 FCFA, et les frais de transport ou de logement absorbent une part croissante des revenus.
Cependant, cette ambition se heurte à des contraintes majeures. Les gouvernements doivent jongler entre les attentes des populations et la nécessité de préserver la compétitivité des entreprises, souvent réticentes à supporter des charges salariales accrues dans un contexte régional concurrentiel. Une hausse trop brutale du SMIG pourrait également alimenter l’inflation, créant un cercle vicieux où les prix augmentent à nouveau, annulant les bénéfices pour les travailleurs. Des solutions intermédiaires, comme des subventions ciblées sur les produits de base ou des allégements fiscaux pour les employeurs, pourraient être explorées pour équilibrer ces tensions.
En définitive, l’avenir du SMIG en Afrique de l’Ouest en 2025 dépendra de la capacité des États à s’adapter à un environnement économique instable tout en répondant aux aspirations légitimes d’une population confrontée à une précarité croissante.
Sources:
Jeune Afrique – « Maroc, Côte d’Ivoire, Cameroun… Où le salaire minimum est-il le plus élevé ? »
AllAfrica – « Afrique de l’Ouest: Passage du SMIG de 60 000 à 75 000 FCFA – La Côte d’Ivoire confirme sa réputation d’État généreux »
URL : fr.allafrica.com/stories/202301040171.html
Direction générale du Trésor (France) – « A la une d’Objectif Afrique : Perspectives économiques régionales – Afrique subsaharienne du FMI »
Agence Ecofin – « Les pays africains où le salaire mensuel moyen est le plus élevé »
France 24 – « Politique & économie en Afrique, infos & news au Maghreb »
URL : www.france24.com/fr/afrique/